On me promet 90 euros par mois, c’est vrai ?

Le chiffre existe, mais il est pour 2029 ou 2030, pas pour maintenant. En 2026, la part attribuable à la réforme de la quotité exemptée d’impôt tourne autour de 8 à 11 euros par mois. Si ta fiche de paie a bougé davantage cette année, c’est l’indexation qui a joué, pas cette réforme.

Ce n’est pas un mensonge du gouvernement, c’est un problème d’échelle et de calendrier. On te communique un objectif de fin de trajectoire, sans préciser à partir de quand tu le touches.

C’est quoi la quotité exemptée d’impôt ?

C’est la première tranche de tes revenus qui n’est pas taxée du tout, une sorte de tranche à 0 % identique pour tout le monde. Le SPF Finances la fixe à 10 910 euros pour les revenus 2025, avec une indexation annuelle. Comme cette tranche serait normalement taxée à 25 %, l’augmenter revient à te rendre un quart du montant ajouté.

Ce mécanisme explique tous les chiffres qui circulent. Il explique aussi pourquoi le gain est presque identique en euros que tu gagnes 2 500 ou 4 500 euros bruts, puisque le montant exempté, lui, est le même pour tous.

Combien je gagne, et à partir de quand ?

L’accord d’été de juillet 2025 annonçait un passage de 10 910 à 15 300 euros à l’horizon 2029, ce qui donne environ 1 097 euros par an, soit à peu près 91 euros par mois. Mais au conclave budgétaire de novembre 2025, la hausse a été rabotée d’un milliard et son plein effet reporté à 2030.

Le cabinet Deg & Partners retient désormais une cible d’environ 14 200 euros en valeur 2025, ce qui ramène le gain autour de 823 euros par an, soit à peu près 69 euros par mois. La fourchette honnête, à terme, se situe donc entre 69 et 91 euros par mois, contre quelques euros aujourd’hui.

Est-ce que tout le monde y gagne ?

Non, et c’est assumé politiquement. L’avantage vise les revenus du travail. Pour les chômeurs et les allocataires, la réduction d’impôt liée à cette quotité est progressivement réduite puis supprimée d’ici 2029. L’objectif affiché est de creuser un écart d’environ 500 euros nets par mois entre un travailleur à temps plein et une personne sans emploi.

Si tu gagnes moins que la quotité exemptée, tu ne paies déjà pas d’impôt, donc cette mesure ne te rapporte rien. D’autres dispositifs peuvent en revanche te concerner, comme le bonus à l’emploi renforcé pour les bas salaires.

Qu’est-ce qui augmente à côté ?

Trois choses touchent directement les jeunes travailleurs. Les chèques-repas peuvent grimper de 8 à 12 euros par jour presté, via deux hausses du plafond d’intervention patronale. Le salaire minimum a été relevé de 35 euros bruts en avril 2026. Et le travail étudiant est passé à 650 heures par an.

Attention sur les chèques-repas, l’UCM confirme la mesure mais tout dépend de ton employeur, qui n’est pas obligé d’appliquer le plafond maximal, et une part reste à ta charge. Côté flexi-jobs, le plafond annuel exonéré est monté de 12 000 à 18 000 euros, avec un salaire horaire maximal porté de 17 à 21 euros dans l’horeca.

Qu’est-ce qui diminue ?

Quatre mesures jouent dans l’autre sens. L’indexation a été plafonnée pour les salaires supérieurs à 4 000 euros bruts. Les éco-chèques et les chèques sport et culture sont supprimés progressivement. Les jours de maladie sans certificat passent de trois à deux par an. Et le travail de nuit n’est plus compté qu’à partir de minuit.

Sur l’indexation plafonnée, l’économiste Philippe Defeyt, cité par la RTBF, estime la perte à environ 8,79 euros nets par mois pour un salaire de 5 000 euros bruts. Avec un salaire médian belge autour de 3 728 euros, la majorité des jeunes travailleurs n’est pas concernée. Le passage du travail de nuit à minuit, en revanche, touche directement les jobs en horeca et en commerce, puisqu’il retarde le sursalaire.

Comment c’est financé ?

En partie en reprenant de l’autre main, et c’est rarement dit. Le plafond du quotient conjugal a été raboté, passant d’environ 13 460 à 12 070 euros, ce qui pénalise les couples à un seul revenu. Plusieurs plafonds fiscaux ont par ailleurs été gelés, ce qui produit une hausse d’impôt silencieuse au fil de l’inflation.

S’y ajoutent des mesures qui touchent le quotidien sans passer par la fiche de paie, comme la taxe de 2 euros sur les colis venant de l’extérieur de l’Union européenne, ou la hausse des accises sur le gaz.

Est-ce que la promesse va tenir ?

Personne ne peut le garantir aujourd’hui. La mesure a déjà été rabotée une fois. Le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, estime que l’effort budgétaire nécessaire dépasse ce qui est annoncé et qu’il ne reste plus de marge pour des baisses d’impôt. Les discussions parlementaires étaient toujours en cours à l’été 2026.

Plusieurs analyses évoquent une promesse d’environ 1 000 euros par an qui pourrait retomber vers 650 euros si de nouveaux ajustements interviennent. Le chiffre que tu as entendu aux infos est un objectif de trajectoire, pas une garantie inscrite dans la loi.

Comment savoir ce que ça donne pour moi ?

Ça dépend de trois choses : ton statut, ton niveau de revenu et l’année considérée. Un salarié, un étudiant jobiste et un demandeur d’emploi n’ont pas du tout le même résultat, et le même profil ne touche pas la même chose en 2026 et en 2030.

C’est précisément ce qu’un chiffre national ne peut pas te dire. Une moyenne ne correspond à personne, et elle sert surtout à faire un titre. Le seul calcul qui compte, c’est celui de ta situation, avec ta date.

Sources : SPF Finances, RTBF, Securex, Deg & Partners, Institut des experts-comptables et conseils fiscaux, UCM, Acerta, FEB, accord d’été de juillet 2025, conclave budgétaire de novembre 2025.